28 octobre 2010 Prise de parole FO

, par udfo79

Chers amis, chers camarades,

La loi est soi-disant « définitivement » votée !

Ce qui est définitif, c’est la colère des salariés et l’injustice d’une telle régression sociale.

Ce qui est définitif, c’est le fait que tous ceux qui se sont mobilisés ne peuvent accepter un tel diktat du gouvernement.

Ce qui est définitif et restera dans les mémoires, c’est que nous ne pouvons compter sur l’oreille attentive des dirigeants de ce pays pour tenir compte des manifestations répétées qui portent encore le refus net et catégorique de travailler plus longtemps et de cotiser plus longtemps.

Aujourd’hui c’est la 8ème manifestation. Malgré les 7 précédentes, extrêmement massives, le gouvernement vient de faire voter la réforme qui repousse l’âge de départ en retraites à 62 ans et le taux plein à 67 ans.. Depuis 2 mois les travailleurs se battent pour exiger le retrait de ce projet. Encore aujourd’hui la grève dans certains secteurs continue. Alors que l’immense majorité des travailleurs refuse cette loi inique, comment expliquer que ce gouvernement ait ainsi osé passer en force ?

Depuis des mois notre confédération a proposé aux autres confédérations qu’ensemble, dans l’unité la plus large, nous appelions tous les salariés à se mettre en grève pour bloquer le pays. Ceux qui dirigent l’Intersyndicale nationale n’ont pas voulu prendre en compte cette proposition et ont laissé isolés les cheminots, les travailleurs des raffineries, les agents communaux qui comme à Marseille ont fait grève pendant 15 jours de suite.

Comment comprendre ce refus en France quand la FGTB (fédération générale des travailleurs belges) a décidé le blocage mardi de deux dépôts de carburants en Belgique. Ces actions sans limitation de durée s’inscrivent « dans une optique de solidarité avec les travailleurs français en grève », a indiqué ce syndicat. « Nous n’acceptons pas qu’on essaye de casser le mouvement en France par des circuits étrangers » a-t-il ajouté. Le syndicat a décidé de tout bloquer après avoir constaté l’augmentation anormale des chargements à destination du pétrolier français Total. Du coup, « il n’y a plus d’alimentation, ni pour la France, ni pour la Belgique ». Pour les mêmes raisons, le syndicat de la fonction publique de la FGTB, a menacé de bloquer la navigation sur deux fleuves qui relient les deux pays, si des sociétés pétrolières françaises tentaient de s’approvisionner par ces voies.

« Notre seule préoccupation est d’éviter à tout prix que la grève en France soit brisée de l’extérieur », martèle la FGTB.

Dans notre département, pour ne pas entendre cette proposition d’appel à la grève pour obtenir le retrait de la réforme, l’Intersyndicale a même refusé que notre organisation puisse participer à ses réunions.

Ceux qui ont choisi de promener les travailleurs de manifestation en manifestation sans appeler à la grève franche portent une lourde responsabilité. Comme en 95 et en 2003, alors que le projet n’était même pas encore voté, la direction nationale de la CFDT vient de faire ses offres de services au gouvernement et au patronat. Elle a osé proposer l’ouverture de négociations pour, dans les faits, appliquer la réforme.

Demander aujourd’hui des négociations sur les emplois séniors c’est accepter le report de l’âge de la retraite à 62 ans et demain probablement au-delà ! Alors, Force Ouvrière, comme tous les travailleurs, est en droit de s’interroger. Les dirigeants de l’Intersyndicale nationale ont-ils la volonté de mettre en échec le projet du gouvernement ? Pourquoi ont-ils refusé de prendre en compte les propositions de notre organisation ? Il ne sert à rien de cacher la vérité. Il faut parfois oser avoir raison seul car comme l’a dit Jean Jaurès : « le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».

Certes le gouvernement vient de faire passer la loi et les travailleurs une fois encore ont démontré leur volonté de combattre l’injustice. Il ne sert à rien de se lamenter. Camarades et chers amis, FO salue le combat mené par tous les salariés, syndiqués ou non syndiqués, et quelle que soit leur appartenance syndicale. Sans aucun doute, tôt ou tard, il y aura d’autres mobilisations. Pour gagner et faire aboutir nos revendications, il est essentiel de comprendre et de tirer les leçons de ce qui s’est passé jusque là. La loi a été votée. Ce qu’une loi a fait, une autre loi peut le défaire, mais pour gagner il faut en finir avec ces manifestations stériles pour enfin créer le rapport de forces qui seul permet de gagner c’est-à-dire la grève jusqu’à satisfaction des revendications.

Le droit est avec nous car comme le dit l’Article 22 de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée par l’AG des 58 Etats membres le 10 décembre 1948

Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays.

Oui nous avons le droit de nous révolter car comme le dit l’ART. 35. Déclaration des droits de l’homme inscrite dans la 1ère constitution 1793- « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

Alors décidément oui Jean Jaurès est vivant : le courage c’est toujours de chercher la vérité et de la dire et le courage c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant !

Jocelyne Baussant, Secrétaire Général UD FO 79